Le Maroc : Cette exception sur la voie de la démocratie, dites-vous ?

6 juillet 2012 18 h 20 min 2 comments

Le 24 juin 2012, pendant la marche des févriétistes à Tanger, une femme d’un âge certain criait : « c’est tout le peuple qui doit sortir dans la rue…sinon… ! »

Cette même semaine à Chlihat, un homme de 53 ans interpelait le ministre de l’intérieur : les
investissements étrangers les ont étouffés alors qu’ils vivaient mieux, auparavant, de la cueillette et
du travail de la terre. Ils les ont marginalisés et les moustiques des rizières implantées par une société
privée espagnole en 1998 les rendent malades. Les jeunes sont au chômage… Ils en ont informé le gouvernement depuis des années, mais rien n’a été fait. Les jeunes ont déserté le village et se cachent dans la forêt avoisinante par crainte de représailles depuis que les 16 et 17 juin 2012 quand les forces
de l’ordre ont envahi ce village, traqué et arrêté des jeunes, bousculé des femmes…

Ce sont là deux des témoignages visuels sur la toile. Mais n’oublions pas que des Chlihat, il y en
a eu et il y en a toujours, preuve que le système reste inchangé et que la fracture sociale ne cesse
de s’agrandir.

Pour ne revenir que sur certains exemples, 5 années en arrière :

• Le 23 septembre 2007 : à Séfrou, cette petite ville de plus ou moins quarante mille habitants qui manifestaient contre la hausse vertigineuse des prix au Nord du Maroc a vécu pendant le mois de Ramadan un état de siège.

• Le 6 janvier 2008 : les habitants Boumaln Dades, bloqués par la neige, coupés de tout le
monde suite aux coupures d’eau et d’électricité décident de protester contre cet état d’oubli
qui se répète tous les ans. Ce n’était pas la première année que ces habitants de village de
haute montagne, situé en bout de vallée à 2600 mètres d’altitude sont délaissés par le pouvoir.
Ils l’en avaient informé à maintes reprises.

La réponse : état d’urgence décrété, perquisitions nocturnes dans les villages à la recherche
de jeunes par la gendarmerie, 50 personnes interpelées et des arrestations. En février 2008,
certains seront condamnés de 2 à 6 ans de prison ferme.

• Le 7 juin 2008 : à l’aube, les citoyens de la ville de Sidi IFNI dans le sud marocain ont été

réveillés par les descentes démesurées des forces de police à leur domicile. Ville encerclée,
familles de militants prises en otage, brutalité et menaces contre elles, utilisation de bombes
lacrymogènes, déploiement d’hélicoptères à la recherche des militants dans les montagnes
et dans la ville. Encore une fois, des balles en caoutchouc furent utilisées, des dizaines de
citoyens ont été bastonnés, des femmes molestées, injuriées, des dizaines d’arrestations…

Les raisons de cet acharnement répressif : le blocage depuis le 30 mai 2008 du port d’IFNI
par des jeunes chômeurs qui depuis 3 ans revendiquaient, entre autre, leur droit au travail et le
minima de conditions sanitaires et sociales.

• Janvier 2012 : Taza est la scène d’une véritable chasse à l’homme contre des diplômés
chômeurs et la population qui les soutient. Les affrontements font des dizaines de blessés et
perdurent le mois de février.

• Les 16 et 17 juin 2012 : encore une fois, parce que les habitants de Chlihat se mobilisent
contre l’oubli, le délaissement et les investissements étrangers qui les ont laissés pour compte,
les forces de l’ordre arrivent en force employant les mêmes méthodes qu’auparavant…

Au-delà de ces scandales à répétition que l’on a toujours tenté d’occulter, on ne peut plus dire aujourd’hui, grâce aux nouvelles formes de communication, « on ne le savait pas ».

Nouvelles formes de communication, certes, mais aussi et surtout cette prise de conscience des
populations dans le monde que l’injustice sociale et l’atteinte à la dignité et aux libertés ne
peuvent pas perdurer.

Quelles que soient les issues de ces soulèvements ou révolutions dans les mondes arabe et
méditerranéen, même si on a « volé » cette révolution à ceux qui l’avaient entamée, même si les
alternatives de pouvoir ne répondent pas aujourd’hui aux référentiels des droits humains, ceux
d’égalité et liberté dans leur totalité, conditions d’une démocratie; ces manifestations engagées
par les tunisiens et qui se sont propagées marquent un tournant dans l’histoire de ces peuples
qui seront un jour ou l’autre au rendez-vous d’une démocratie véritable.

Alors, comme le scandent les févriétistes : « MAMFAKINCH »

Le 4 juillet 2012
Hayat Berrada-Bousta
Membre du Forum Marocain Vérité et Justice

2 Comments

  • Touhami Rachid RAFFA

    Bien chère Hayat!

    Cela fait 44 ans depuis le Lyautey! Je suis tout ému de te retrouver!

    Accuse réception dès qe possible, femme courage!

    Touhami (« exilé » depuis 37 ans au Québec/canada)

    • Cher Rachid,

      Cela fait très longtemps que je te recherche, mais malheureusement sans recours, j’espère que tu te trouves bien. contacte moi sur mon email si c’est possible.

      Salutations,

      Abdellah hattab

Leave a Reply