Maroc: une révolution urgente et légitime

22 avril 2011 11 h 13 min 8 comments

Texte paru dans « Libération », vendredi 22 avril 2011.

Une révolution urgente et légitime

Les soulèvements tunisien et égyptien, puis de nombreux autres en cours dans l’espace géographique arabe et méditerranéen, ont ébranlé des régimes qui se sont caractérisés par la corruption et la tyrannie, ainsi que par des politiques économiques, sociales et sécuritaires qui ont fait de leurs populations des sujets privés des droits élémentaires à la citoyenneté, la liberté et la démocratie. Le bilan politique et social de ces pays sur ces cinquante dernières années est cruel : pauvreté, chômage, analphabétisme, corruption, arbitraire, discrimination sexiste, répression, émigration, régression culturelle, intégrisme, dépendance économique et politique, musèlement de la presse, détention arbitraire, torture, liquidation des opposants…

Bien que des nuances soient à apporter selon les spécificités de chaque pays, le constat est le même : c’est l’échec cuisant des régimes post-indépendances. Des générations entières en ont fait les frais et leurs jeunesses clament aujourd’hui avec détermination : Ça suffit ! Elles revendiquent leur droit inaliénable à la citoyenneté pleine et entière, à la dignité, la liberté, l’égalité, la justice et la démocratie.

Au Maroc, le règne de Mohammed VI avait apporté à ses débuts quelques lueurs d’espoir : limogeage de Driss Basri ; libération de détenus politiques et retour dans sa patrie d’Abraham Serfaty ; politique volontariste en termes d’infrastructures ; réforme du Code du statut personnel améliorant la condition des femmes… Mais, en l’absence de changement profond d’un système où le Makhzen a continué de régir en maître, ces réformes ne se sont pas attaquées aux fondamentaux absolutistes du régime, et leur rythme s’est vite essoufflé. C’est ainsi qu’emprisonnement et torture ont repris ; des organes de presse ont été contraints à la disparition ; des journalistes condamnés à la prison ou à des indemnités colossales ; l’affairisme et l’enrichissement des proches du palais se sont accélérés… Le message est clair : la récréation est terminée !

C’est pourquoi, dans la lancée de ce « Printemps arabe », au Maroc, le Mouvement du 20 février est né, initié par une jeunesse volontaire et pacifique, déterminée à conquérir ses droits. Ce Mouvement a vite rassemblé autour de lui les forces de progrès : jeunesse, société civile, partis de gauche, mouvements de femmes, mais aussi islamistes, tous ralliés au mouvement et à ses revendications. Une force alerte, vigoureuse, compacte et déterminée est en marche. Vigilante à ne se laisser récupérer ni par les partis, ni par les islamistes, ni par les associations qui ont adopté son combat. Cette force n’est pas près de se tarir. Au contraire, elle se densifie de jour en jour. Ainsi, les manifestations et rassemblements du 20 février dernier, renouvelées chaque dimanche depuis, n’auront été qu’un hors-d’œuvre à l’affluence de celles du 20 mars et préfigurent de l’ampleur de la mobilisation des 24 avril et 1er mai prochains.

Les promesses de réforme annoncées par le roi dans son discours du 9 mars ont entrouvert des fenêtres qui ne sauront enrayer le mouvement. En effet, les promesses de révision globale de la Constitution ont été vidées de leur sens dès le lendemain par M. Manouni, président de la Commission de révision, nommé par le roi, qui a assuré que seules des modifications de forme et limitées seraient apportées à la Constitution. Commission dont les membres, nommés par le roi, sont pour l’essentiel acquis au pouvoir. Surtout, le discours n’a pas répondu à la revendication essentielle exigeant une monarchie parlementaire où le roi règne mais ne gouverne pas. Et donc, à l’exigence de séparation des pouvoirs, notamment religieux et politique, qui implique la fin de la « commanderie des croyants », clé de voûte de la monarchie absolue et de droit divin. Il a au contraire affirmé « la sacralité de nos constantes » et des référentiels « immuables ». Enfin, il n’a pas annoncé la fin du quasi-monopole du pouvoir politique sur les affaires économiques, cause d’un enrichissement insolent et du pillage du patrimoine national.

La révolution qui aujourd’hui est en marche, et dont la revendication centrale est l’instauration d’une monarchie parlementaire, vise un système, dans son maillage absolutiste, qui a démontré son pouvoir de nuisance. La violente répression du 13 mars dernier, puis celles qui l’ont suivie, ont prouvé que la coercition ne fera qu’exacerber colère et protestation et aboutir à une violence non maîtrisée pouvant déboucher sur une confrontation ouverte. Le bain de sang libyen est là pour nous rappeler les voies à ne pas suivre.

Nous venons en ces circonstances dénoncer toutes les forces conservatrices qui cherchent à semer la peur et le chaos. Nous voulons rassurer celles et ceux qui s’inquiètent de cette vague libératrice en leurs disant qu’elle ouvre au pays des perspectives uniques de renouveau et de progrès. Le Maroc a besoin d’une rupture avec le régime qui lui est imposé, non d’une réformette constitutionnelle octroyée. Cette révolution veut aboutir. Sans violence mais aussi sans tarder. La contrarier c’est exposer le pays à toutes les dérives.

En ces circonstances historiques les directions de l’USFP et du PPS, usées par des années de servilité, devraient prendre la mesure de cette mobilisation et choisir leur camp en entamant d’urgence leur propre révolution interne, faute de se couper définitivement à la fois de la jeunesse marocaine et de leurs propres bases.

La révolution en cours peut encore être collective. Le temps de la servilité est terminé. Est arrivé celui de la démocratie et de la dignité.

Signataires : Fouad ABDELMOUMNI, Economiste ; Bachir BEN BARKA, Enseignant universitaire ; Younes BENKIRANE, Journaliste ; Me Abderrahim BERRADA, avocat ; Hayat BOUSTA, ancienne exilée, Forum Vérité et Justice ; Aboubakr CHRAIBI, Enseignant ; Hassan HADJ NASSAR, ancien exilé, fondateur de l’ASDHOM ; Pr Hakima HIMMICH, Acteur associatif ; IBN KAFKA, bloggeur et juriste ; Me Abderrahim JAMAÏ, avocat, ancien bâtonnier et Pdt des Barreaux du Maroc ; Kamal LAHBIB, personnalité du monde associatif ; Larbi MAANINOU, ancien exilé, Enseignant ; Aziz ENHAILI, politologue, chroniqueur-analyste ; Karim TAZI, chef d’entreprise. Tous sont militants engagés des droits humains

8 Comments

  • je pense que nous disposons au maroc de large prerogatif pour reclamer des droits de maniére pacifique et civlisé je pense que toute la classe politique sait qu’il est temps pour faire des reformes courageuses et urgentes, si nous ratons cette oppurtinité historique unique alors que tout le peuple est unie pour reclamer plus de liberté et de justice non seulement nous risquons de ne plus retrouver ce climat serrein de debat et ce concertation mais nous risquons tout simplement d’engendrer des frustrations et des coléres trés grandes au sein des jeunes et des la generation avenir et un jour le peuple n’acceptera pas le dialogue de sourd et nous basculerons tout droit vraie la sphére de la violence dont les conséquances ne sont pas prévisibles et que de toute façon le droit international ratrappera tout les responsables d’un eventuel drame,nous sommes tous compatriotes riches et pauvres seulement chacun a créer sa propre vision de ce patriotisme et nous devons nous ateler a reduire les ecarts de vue pour donner le meilleur a notre nation nous disposons de tellment de potentiel dans ce beau pays, une jeunesse qui n’aspirent qu’a servir dans la dignité je souhaite de tout mon coeur que notre roi saurra ecuter la voie de la raison et de la paix et de permettre l’installation d’une constitution a la hauteur des attentes des marocains la deception sera trés grande autremement et tout l’amour dont est crediter le souverain fondera comme néige alors qu’une bonne nouvelle fera de lui le hero de la nation pour l’eternité c’est un rendez vous avec l’histoir dont tout monarque eclaré attends c’est votre rendrez vous souverain bien aimé ne le raté sans aucun pretexte.

  • abdelatif himmich

    J’adhere completement!

    • MarocaindeMontreal

      L’exercice du métier de journaliste exige un minimum de probité et d’honnêteté intellectuelle. Alors de grâce lorsque vous prétendez vouloir dresser un bilan des cinquante dernières années, prenez la peine d’évoquer également toutes les réalisations tangibles et incontestables. Ces mêmes réalisations qui font que l’on vit mieux maintenant au Maroc qu’il y a 50 ans. Ces mêmes réalisations qui font que des cadres marocains formés dans les écoles et lycées publics du Royaume rayonnent partout dans le monde dans de prestigieuses institutions. Ces mêmes réalisations qui font que notre réseau routier n’a plus rien à voir avec celui d’il y a 15 ans. Il n’est pas nécessaire d’égrener ici tout ce qui a été réalisé ni d’ailleurs tout ce qui reste à faire. Le challenge est énorme pour notre pays. Votre vision dualiste et simplificatrice relève d’un manichéisme qui me déçoit. Je n’ai nullement besoin de vous rappeler que tout n’est jamais tout blanc ni tout noir.
      Amicalement.

    • SUITE A LA SIGNATURE DE CE TEXTE, HAKIMA HIMMICH DEVRAIT, LOGIQUEMENT, DEMISSI0NNER DU « CONSEIL ECONOMIQUE ET SOCIAL », QUI EST UNE DES « structures de pouvoir dépendant du roi et du palais »

  • Citoyen, Commentateur et Géographe Géomorphologue spécialisé en Télédétection, SIAG, SIG, Transports Aériens… et Développement et Coopération Technique.

  • SUITE A LA SIGNATURE DE CE TEXTE, HAKIMA HIMMICH DEVRAIT, LOGIQUEMENT, DEMISSI0NNER DU « CONSEIL ECONOMIQUE ET SOCIAL », QUI EST UNE DES « structures de pouvoir dépendant du roi et du palais »

  • desde septa estoy con vosotros

  • J’ai travaile longtemps à 2M et ce salaud de Hassan a imposé ma demission. Son fils est pareil comme ce batard. Sautons ces tyrants, chassons-les comme Louis XIV et sa reine à la guillotine! Abas la tyrannie. Marchons. Qu’un sang impur américain abreuve nos sillons! Que veut cette horde de traîtres, de rois conjurés? Quoi! des cohortes étrangères feraient la loi dans nos foyers! Quoi! ces phalanges mercenaires
    terrasseraient nos fiers guerriers. Allahu akbar. Tremblez, tyrans, et vous perfides l’opprobre de tous les parti, tremblez! vos projets parricides vont enfin recevoir leurs prix! Tout est soldat pour vous combattre, s’ils tombent, nos jeunes héros, la terre en produit de nouveaux, contre vous tout prêts à se battre! Amour sacré de la Patrie, conduis, soutiens nos bras vengeurs.
    Liberté, Liberté chérie. J’ai échappé à la mort 2 fois, je lui échapperais une troisième! Le chomage est la faute au roi qui se moque des pauvres. Il a construit la 2M , un palace de vitres exprès au pauvre Ain Sebaa pour se blesser les pauvres. Je veux devenir le ministre de l’intérieur et je garanti une presse sans la moindre censure. Mon nom est la promesse!

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