Nadia Salah, ou Le Déficit “Social”

1 décembre 2012 12 h 18 min 3 comments

Je me pose la question naïvement: la comparaison osée dans son éditorial du 24 Octobre dernier était-elle factuellement fausse?

Et toujours, vraiment toujours, ce sont les familles les plus fragiles qui sont les plus durement touchées. Plus inquiétant encore: il est faux de croire que les largesses budgétaires servent à la lutte contre la pauvreté. La France vient de découvrir après deux décennies de déficits financiers et sociaux, que plus de 14% de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté. Un niveau de pauvreté pas très éloigné de celui du Maroc, qui a pourtant un PIB par tête 15 fois plus petit! Des données incontournables qui devront guider les débats parlementaires.

Si je comprends bien, l’argument de la Rédaction se décompose en trois assertions: la première, que le déficit budgétaire est (généralement) inefficace à effacer les inégalités sociales, voire les poches de pauvreté.
la deuxième, que le niveau de richesse n’est pas déterminant du niveau de pauvreté d’un pays donné, et enfin, que le Maroc obtient des résultats de pauvreté/inégalités similaires à ceux de certains pays européens. Les deux premiers points sont factuels, le dernier est sujet à une interprétation de l’efficacité d’une politique publique, en l’occurrence orientée vers la lutte contre la pauvreté. Pour le reste du post, je ne suggère pas la comparaison du Maroc avec d’autres pays, mais me sers plutôt des assertions de Mme Salah pour en illustrer les limites.

Le problème est que Mme Salah utilise pour sa comparaison deux méthodologies différentes: celle de l’INSEE est une mesure simple, standard et liée à la répartition des revenus dans une économie donnée. Celle du HCP, qui semble se baser sur les comportements et habitudes alimentaires des ménages. Les deux méthodes ne sont pas mutuellement exclusives, mais le résultat final, celui de la population de ménages considérés comme ‘pauvres’ varie largement. Ainsi, la méthode HCP utilise le signal le plus direct de la mesure de pauvreté (la consommation est un déterminant important du niveau de vie) mais en même temps, elle néglige un biais significatif dans son calcul, à savoir l’effet de la subvention sur les habitudes de consommation.

La méthode standard de représentation du niveau de pauvreté comme un pourcentage (60% ou 50%) du revenu médian, a l’avantage de se prêter à des comparaisons internationales, et en même temps de rendre compte des inégalités de revenus. Lorsque cette méthode est appliquée, nous observons que le taux de pauvreté relative au Maroc qui serait comparable aux 14% évoqués dans l’éditorial de l’Economiste, serait plutôt dans les 33% – soit 2.3 Millions de ménages, plus du double des chiffres évoqués par le HCP dans la plupart de ses rapports.

Un petit mot peut-être sur l’usage du revenu médian plutôt que moyen. Dans un monde parfait, les deux statistiques devraient être équivalentes (ce qui est le cas pour une distribution Gaussienne) mais pour les revenus, le revenu moyen est plus élevé que la médiane à cause du biais des hauts revenus. La moyenne d’une population donnée augmente sensiblement lorsqu’un seul individu très fortuné la rejoint. La médiane, d’un autre côté, ne change pas ou peu, et suppose des transferts importants entre les individus pour qu’elle varie substantiellement. En termes réels, cela signifie qu’il y a une amélioration réelle pour la majorité des ménages d’une économie donnée si le revenu médian augmente. L’information donnée par l’augmentation du revenu moyen n’a que peu de sens.

La comparaison malheureuse avec l’Union Européenne et la France dans l’éditorial de l’Economiste: les niveaux d’inégalité au Maroc sont bien plus élevés et plus persistants.

Le rapport avec “Goulou L’3am Zine” (l’attitude courante qui ignore ostentatoirement des difficultés réelles) réside dans l’usage de ces statistiques; par exemple, l’usage de la même méthode décrite plus haut démontre un taux de pauvreté relative au Maroc supérieur au chiffre avancé pour la France. D’un autre côté, une mesure de l’inégalité des revenus (l’indice de Gini par exemple) permet de montrer que les inégalités au Maroc ont bien augmenté, alors même que le niveau de déficit moyen rapport au PIB y a été légèrement inférieur, en comparaison avec les niveaux observés en Union Européenne durant les dernières années: 3.38% pour l’Europe des 27, 2.9% pour le Maroc (2002-2010).

La comparaison de cette mesure d’inégalité montre bien les limites des trois assertions initiales: le niveau de déficit budgétaire ne présage pas des inégalités (et donc des niveaux de pauvreté respectifs) et à moins de préparer une étude exhaustive sur les propriétés de la distribution des revenus en Union Européenne (France comprise) et au Maroc, il est toujours plus pertinent de considérer le revenu médian comme indicateur de bien-être social (plutôt que le niveau de PIB) et enfin, les déboires financiers ou budgétaires outre-méditerranée n’exonèrent pas l’échec patent (ou potentiellement tel) de nos propres politiques domestiques.

Source : http://moorishwanderer.wordpress.com/2012/11/28/nadia-salah-ou-le-deficit-social/

تلخيص المقال بالعربية : معدلات قياس الفقر

أتذكر مقالا لنادية صلاح نشر عند إيداع مشروع قانون المالية لسنة 2013، و في هذا المقال تقارن رئيسة تحرير جريدة ليكونوميست، معدلات الفقر في المغرب و فرنسا، و تستنتج أن المغرب “مزطط راسو” (بتصرف) و أن الإقتصاد المغربي ينتج مستويات فوارق إجتماعية مماثلة لتلك في أوروپا. هذا لأن إحصائيات المندوبية السامية للتخطيط تضع معدلات الفقر في حدود 8.9 في المئة سنة 2007، في حين كانت النسبة 15.3 في المئة في 2001

هذا بطبيعة الحال ممكن لأن المندوبية لا تستعمل نفس المعايير المعتمدة من طرف معهد الإحصائيات بفرنسا، أم المعايير الإحصائية المعتادة. بإختصار شديد، مستوى الفقر النسبي يعرف كنسبة من المدخول المتوسط (وليس معدل المدخول، لأسباب سأترق لها لاحقا) غالبا ما يعتمد نصف أو 60 في المئة من هذا المدخول

المدخول المتوسط إحصائية لا تخضع لتأثير المداخيل العليا كما هو الأمر بالنسبة لمعدل المدخول. على سبيل المثال، 60 في المئة من المدخول المتوسط ل سنة 2010 يعني أن كل أسرة تتقاضى مدخولا أقل من 48.115 درهم سنويا تستجيب لمفهوم الفقر النسبي، ما يعنيه أن 33 في المئة من الأسر تعيش تحت عتبة الفقر النسبي، ما لا يعنيه أن كل 2.3 مليون أسرة فقراء، لكن العديد منهم لا يستطيعون الإلتحاق بالطبقات الوسطى، ما هو شرط أساسي لبناء مجتمع متكافىء، أو على الأقل بفوارق إجتماعية معتدلة

و في سبيل المقارنة مع مستويات الفقر النسبي في فرنسا التي ذكرتها نادية صلاح، أقترح التمعن في المبيان التالي، الذي يقارن كلى الدولتين بنفس المعيار: 60 في المئة من المدخول المتوسط. فعلا، معدلات الفقر النسبي سجلت إنخفاض أكبر بالمقارنة مع فرنسا منذ 1970، لكن المعدلات المطلقة ما تزال مرتفعة

المصدر : http://moorishwanderer.wordpress.com/2012/11/27/%D9%85%D8%B9%D8%AF%D9%84%D8%A7%D8%AA-%D9%82%D9%8A%D8%A7%D8%B3-%D8%A7%D9%84%D9%81%D9%82%D8%B1/

3 Comments

  • « La France vient de découvrir après deux décennies de déficits financiers et sociaux, que plus de 14% de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté. Un niveau de pauvreté pas très éloigné de celui du Maroc, qui a pourtant un PIB par tête 15 fois plus petit »

    par manque de qualificatif je considère cette comparaison comme boitteuse,l’aperçu laisse présager que le Maroc à 14% de population qui vit en dessous du seuil de pauvreté,je dirai plutot plus que la moitié si en se base sur les standards de l’ouest ,c’est trés simple un pauvre europeen,nord-américain équivaut a un marocain de la classe moyenne marocaine ,c’est alors que pour cette raison que nombreux d’européens et surtout de l’hexagone soient des retraités ou pré-retraités choisissent le Maroc comme refuge ,premièrement parce que ils ont pour leurs argents ,et les marocains en général se plient en quatre pour la race pǎle ,même s’ils n’en gagnent rien ou peu.
    Par contre le revers de la médaille ,est peu luisant ,en l’occurrence les sangsues du Maroc ,en commençant par son centre de gravité ,le millionnaire des pauvres .les riches marocains vivent leurs richesses mieux que ceux des européens ou même nord américains ,les riches des démocraties ont un compte à rendre soit fiscal ou juridiques ,au Maroc (you’re guilty until proven wealthy).

  • le 50% de la population marocaine rurale fait une vie de misérable et non a accès à rien de rien pendant que 37% (ou presque) tout autour des villes mène une existence de privations et de sacrifices non indifférents. NB : actuellement nous avons nous aussi nos enfants de la rues comme à Rio di janeiro et San Paulo du Brasil.
    En France déficit ou pas, il y’a un WELFARE avec des politiques sociales pour les travailleurs qui se trouvent en chômage, pour les chômeurs et pour les pauvres. DIGNENT D’UNE DEMOCRATIE EUROPEENNE, comment se permet cette dame à faire une comparaison entre une démocratie européenne et une dictature/ policière /du tiers monde / nord africaine/avec le 63% de la population analphabète, qui s’endette chaque année d’avantage avec la Bank mondiale, le FMI, les pays du moyens orient, UE et autres ?!
    Nous sommes marocains ok mais stupide NON.

  • Tant que la population ne se réveille pas de son cauchemar en décidant de se munir d’un minimum de sens d’honneur et de fierté ,et de penser à la liberté de leur progéniture au lieu de se plaindre de leur sort et se réfugier dans la démagogie religieuse, en sacrifiant l’avenir de leurs enfants ,afin de vivre en paix dans leur propre misère. Et tant que l’abattoir a des moutons, le boucher continue a aiguisé ses couteaux, alors la décision c’est au peuple de continuer à marcher vers l’abattoir ou servir le boucher sa propre médecine.

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