Nouvelle Constitution et pratiques d’un autre âge.

16 juin 2011 11 h 48 min 4 comments

Il s’appelle Mohammed Ghalout, il est étudiant, et il a participé à une manifestation des habitants du bidonville Lidou à Fès [1]. Probablement à cause de ses opinions politiques, il a dû subir, selon son propre récit, d’atroces souffrances, douloureuses, humiliantes, et inhumaines, rappelant des épisodes sombres de notre histoire, que l’Etat prétend avoir dépassé.

Dans les bas-fonds d’un commissariat à Fès, c’est-à-dire dans les locaux de ce corps supposé protéger le citoyen, Hermoumou a été contraint de boire l’urine de son bourreau, qui semblait s’être défait de toute humanité. Mais peut-être était-ce la plus clémente des tortures, car le séjour de Mohammed chez la sûreté nationale sera ponctué de coups violents, aléatoires, haineux, qui ont nécessité son hospitalisation.

Et comme si ce n’était pas suffisant, les tortionnaires, toujours plus dévoués quand il s’agit de hogra, l’auraient électrocuté, brûlé avec leurs mégots aux endroits les plus douloureux,  et, comble de la sauvagerie, ils auraient enfoncé une hrawa dans son rectum jusqu’au saignement dont il continue de souffrir.

Actuellement, Mohammed est incarcéré dans la prison de Aïn Kadous à Fès, où il partage le calvaire quotidien, ordinaire des autres détenus.

D’autres cas sont plus banals, si communs, si répandus qu’il est presque ennuyeux de les rapporter. Tel citoyen subit l’abus d’autorité d’un policier quelconque, tel autre se fait arrêter pour avoir refusé la loi du silence. Le point commun entre tous ces cas est l’arbitraire du Makhzen, l’impunité des criminels en uniforme, et les procès honteux qui débouchent systématiquement sur la culpabilité des victimes et l’innocence des bourreaux.

Il s’appelle Saddif Kebbouri, il est secrétaire général de la section locale de la CDT, vice-président de l’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) Bouarfa, Coordinateur de la coordination locale contre la vie chère et surtout, détenu à la prison locale suite à un simulacre de procès [2]. Le procureur de Sa Majesté lui a refusé la liberté provisoire, lui qui a présenté toutes les garanties nécessaires.
Il fallait au Makhzen un responsable des évènements du 18 mai 2011 à Bouarfa [link1]. Il a choisi des têtes brûlées, des militants connus – entre autres, Mahjoub Chennou, Seddik Kebbouri. Ce dernier ne compte pas se taire : il a entamé hier mardi une grève de la faim d’une durée de 24h.

Un autre citoyen a eu l’outrecuidance de considérer tous les humains égaux, et a fini par en payer les frais. Cela s’est passé à Al-Hoceima ; lors d’un embouteillage, un policier a semble-t-il estimé que son statut de serviteur du makhzen, même n’étant pas en service, lui donne le droit d’insulter un citoyen, et de le frapper avec une arme blanche. Il ne s’attendait probablement pas à la réaction des citoyens,qui se sont attroupés en signe de protestation contre des pratiques qu’on prétend révolues.

On nous demande de croire en une nouvelle ère, on nous demande de faire confiance en l’Etat, on nous explique que cette fois-ci, le Makhzen est de bonne foi. Or il est incapable, ou pas désireux, de considérer que le marocain est digne de respect, de dignité, et de citoyenneté.

Il est des signes qui ne trompent pas.


[1] : récit du concerné

[2] : Source – Association Marocaine des Droits Humains (AMDH)


4 Comments

  • merci pour votre article,
    mais les liens ne fonctionnent pas,
    es ce qu’il est possible d’avoir les adresses des références?

  • عزوز المسراتي

    Salut Fadwa,

    L’uniforme est déja salle très salle, ces individus sont recrutés selon des critères de sauvagerie et de manque d’humanité.
    Pour irradiquer ces pratiques, comme tu dis, il faut installer un régime respectueux des droits des humains et où le dernier mot est celui du peuple, tout autres suggestions ou rafistollage ne sont que foutaises.
    A+

  • dégage mamfakinch.oui pour la constitution

  • Ce n’est pas la constitution, ni les dahirs , les decrets qui peuvent changer reellement quelques choses au Maroc , il y a des pays qui sont les plus démocrates dans ce monde et pourtant ils n’ont pas de constitutions; c’est la mentalité du peuple qui doit changer au premier lieu, quand nous verrons un marocain resppect une file d’attente, de mettre ses ordures dans des poubelles , la on peut réclamer un changement de nos lois

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