« Se sentir soutenu donne de l’espoir »

26 février 2013 14 h 53 min 0 comments

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L’Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM) a lancé le 17 Novembre 2012 une campagne internationale de parrainage des prisonniers politiques et syndicaux au Maroc pour briser les chaînes et l’enfermement de la détention arbitraire. C’est en écrivant des lettres aux détenu(e)s que cette ONG française entend lutter contre la répression.

ASDHOM est créée en 1984 et a déjà mené dans les années 90 une campagne similaire.

Le journaliste indépendant Pascal Muelchi a interviewé le secrétaire général de l’ASDHOM, Ayad Ahram au sujet du déroulement et des objectifs de la campagne, et également des dernières condamnations injustifiées au Royaume.

 Entretien réalisé par : Pascal Muelchi

 Monsieur Ahram quel est votre bilan après trois mois de campagne ?

Après trois mois du lancement de la campagne, nous sommes arrivés à couvrir environ la moitié de la liste proposée au départ, ce qui est une bonne chose. Chaque semaine, un point hebdomadaire sur la campagne est établi. Il est adressé à tous les parrains et marraines, à la presse et aux réseaux sociaux pour les tenir informés de l’évolution de la campagne. Cette dernière gagne du terrain. Les lettres de parrainage commencent à partir et les autorités marocaines sont interpellées par certains parrains et marraines. Nous enregistrons une dizaine de parrainages par mois. Ce qui est encourageant.

 

Combien des prisonniers politiques y a-t-il actuellement au Maroc? Et combien d’eux étaient emprisonné(e)s après le 20 Février 2011 lorsque le mouvement protestataire du même nom a a commencé ?

Le 17 novembre, jour du lancement de la campagne, nous avions établi une liste de 170 candidats au parrainage. Sur ces 170, huit candidats sont condamnés à quelques mois de prison avec sursis. Deux candidats sont poursuivis en liberté. Quatre détenus du « Mouvement du 20 Février » (M20F) ont été libérés depuis après avoir purgé leur peine. 12 militants de l’Union Nationale des Etudiants du Maroc (UNEM) ont été arrêtés à Meknès et Fès après le lancement de la campagne. Au total, nous avons finalement une liste de 172 prisonniers politiques, répartis sur sept groupe, dont entre autres 23 du groupe « Islamistes », 34 du « Mouvement du 20 Février » et 64 des « Sahraouis ». Parmi ces détenu(e)s politiques et syndicaux, quelques 70 ont été arrêtés après le déclenchement M20F en 2011. Ça fait donc 40 pourcents de tous les détenus politiques à l’heure actuelle!

 

Une des dernières condamnations concerne 24 Sahraouis, jugés par le tribunal militaire à Rabat le 17 février. Ils sont accusés d’appartenance à une organisation criminelle, de violences contre un fonctionnaire et de mutilation de cadavre et condamnés à 20 ans voire plus, dont neuf même à perpétuité. Les condamnés étaient arrêtés après les affrontements en Novembre 2010 près de Laayoune lorsqu’un démantèlement du camp protestataire Gdeim Izik par les forces sécuritaires marocaines. Ce campement avait été installé par des Sahraouis qui entendaient protester contre leur marginalisation. Onze membres des forces de sécurité et deux Sahraouis avaient trouvé la mort lors de ces événements. Monsieur Ahram, dans votre Point Hebdomadaire N°11, vous parlez d’un verdict « catastrophique ». Pourquoi?

 Catastrophique à tous points de vue. Catastrophique surtout pour le combat des droits de l’Homme que nous menons. L’Etat marocain voulait son procès « exemplaire » destiné à l’opinion intérieure. Il s’est servi de la présence d’observateurs nationaux et étrangers pour légitimer ce procès intenté à des citoyens sahraouis qui, dans la plupart des cas, sont des défenseurs de droits de l’Homme et connus pour leur action militante pacifique.

Le refus d’entendre les témoins réclamés par la défense n’est qu’un exemple d’irrégularités qui ont entaché ce procès. Les plaintes des accusés concernant les tortures subies lors des interrogatoires pour leur extorquer des aveux n’ont pas été pris en compte. Rien que le fait que des citoyens civils soient jugés par un tribunal militaire doit poser un problème de conscience. On voit que le tribunal ne cherchait pas à établir la vérité et les responsabilités des événements de Gdem Izik tels qu’ils se sont déroulés.

 

Vous avez dit, qu’à peu près la moitié des détenus serraient parrainés. Donnez-nous un exemple, si’il vous plait !.

Lorsqu’on a mis en place cette campagne de parrainage, nous avons mis l’accent sur un seul engagement: c’est celui de l’écriture. Aucun engagement financier n’est exigé des parrains et marraines pour ne pas les rebuter. C’est ainsi que nous avons reçu l’engagement d’une personne suisse, à la retraite, qui parrainait déjà un prisonnier sahraoui se trouvant à la prison de Salé 2. Elle a préféré continuer avec nous puisque son filleul se trouve sur nos listes proposées au parrainage. Elle nous envoie régulièrement les lettres qu’elle échange avec lui pour les publier sur le site.

 

La campagne était lancée avec Seddik Kebbouri, un ex-prisonnier politique relâché par grâce royale. Parmi les détenus actuels se trouvent le rappeur Mouad Belghouat (alias El-haqed) et Younes Belkhdim, le poète du peuple, deux prisonniers bien populaire. Est-ce que l’ASDHOM met en avant des prisonniers connus pour attirer plus l’attention?

Nous nous sommes joints la campagne de mobilisation pour réclamer la libération de Seddik Kabbouri, ce syndicaliste et militant des droits de l’Homme, arrêté après le mouvement de protestation sociale du 18 mai 2011 qu’a connu la ville de Bouarfa à l’est du Maroc. Tout le mouvement du 20-Février s’est mobilisé autour de ce dossier. L’ASDHOM faisait partie intégrante de ce mouvement de soutien, étant donné qu’elle animait avec d’autres le Comité de soutien et d’appui au mouvement 20-Février à Paris. Nous adoptons le même comportement avec tous les détenu(e)s politiques, victimes de violations de droits. Un prisonnier politique reste avant tout une victime d’atteinte flagrante à ses droits. Peu importe son nom. Nous n’avons pas de critère de sélection dans la défense des droits de l’Homme. Notre liste le prouve. Aucun apriori.

 

Vous écrivez dans le texte de la campagne que vous voulez créer « un élan de solidarité à l’échelle de France et d’ailleurs.» Dans quels pays s’agit-il?

Pour l’instant, nous arrivons à toucher la France, la Suisse et la Belgique. Nous souhaitons l’étendre à d’autres pays. L’Internet est d’une grande utilité dans ce domaine.

 

Vous avez annoncé une série de rencontres pour sensibiliser autour de cette question de parrainage. Quelles formes d’actions seront menées par l’ASDHOM ?

Nous avons entamé une série de rencontre avec L’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture), l’ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins en France) et Amnesty International. Mis à part l’ATMF qui a mis en place ce parrainage, les choses prennent un peu plus de temps pour se concrétiser.

L’idée à venir est d’appeler à une rencontre avec tous les parrains et toutes les marraines en présence de Gilles Perrault, l’écrivain français qui parraine la campagne, pour faire le point, expliquer encore plus et donner un nouveau souffle à cette campagne. La date n’est pas encore retenue. Mais je pense que ça devrait se faire avant la fin juin 2013.

 

Parrainer un(e) prisonnièr(e) est en première lieu un acte de solidarité. Quel est le but principal de la campagne? Et : qu’est-ce qu’elle a pu changer  jusqu’à présent ?

Notre objectif est double : créer une chaîne de solidarité avec les prisonniers politiques pour les sortir de leur isolement et enfermement et mettre la pression sur les autorités marocaines en les interpellant sur le traitement qu’elles infligent à des victimes.

Pour un(e) détenu(e) politique, recevoir une lettre d’une personne qu’il (elle) ne connaît pas c’est se sentir réconforté(e) dans son combat contre l’injustice. Ça lui remonte le moral et c’est ce qu’ils nous ont dit par exemple Mouad Belghouat (alias El-haqed) et Younes Belkhdim du mouvement 20-Février ainsi que ceux du groupe des mineurs d’Ourazazate. Se sentir soutenu donne de l’espoir et un sens à son combat.

S’agissant des autorités marocaines, être interpellées par des citoyen(ne)s du monde les dérange beaucoup car cela va à l’encontre des discours qu’elles essayent de faire passer sur leur respect des droits de l’Homme pour embellir la façade face à une communauté internationale.

 

Comment se présente la solidarité avec les prisonniers politiques au Maroc et quelle importance a la lutte des Marocaines et Marocains en France ?

L’impact de cette campagne de solidarité est réel. Nous n’avons malheureusement pas de moyens pour le vérifier sur tout le Maroc. Nous faisons tout ce qui est de notre possible pour atteindre toutes les victimes de violations au Maroc. Une autre campagne est lancée au niveau du Maroc par d’autres associations partenaires de défense des droits de l’Homme. Il s’agit de la campagne pour la libération des prisonniers du 20-Février et de tous les prisonniers politiques. Nos combats sont ainsi complémentaires et versent dans le même but.

En France, c’est l’ASDHOM qui porte ce combat, mais elle essaie d’associer à ses actions toutes les autres associations issues de l’immigration marocaine. La tâche la plus dure, reste de sensibiliser les citoyen(ne)s marocain(e)s à grande échelle.

 

Précision : L’entretien s’est fait par écrit !

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